Exclu Eurosport - Fabrizio Romano, roi du mercato : "Ma batterie dure une heure, pas plus"

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TRANSFERTS - Il est probablement le journaliste mercato le plus connu. Avec plus de dix millions de followers sur Twitter, Fabrizio Romano a su se rendre incontournable sur le marché des transferts au fil des années. A coup de "here we go", le journaliste mène une vie à cent à l'heure, surtout l'été, où il ne s'arrête (presque) jamais. Mais pour Eurosport.fr, il a accepté de prendre une pause.

Fabrizio Romano

Crédit: Quentin Guichard

Le rendez-vous téléphonique est calé à 17h pétantes. Avec Fabrizio Romano, chaque seconde compte. "Après, je dois intervenir sur la chaîne américaine CBS", prévient-il, avant de pouvoir repartir à ses moutons. Ou du moins ses infos, toujours de mercato, qui rythment ses journées depuis bien des années, en plus de celles de millions de supporters à travers le monde. Fabrizio Romano, c'est un peu plus de 10 millions de "followers" sur
, 7,7 sur Facebook, 1,19 sur Youtube et presque 500.000 sur Twitch.
Mais malgré cette popularité toujours plus grandissante, le journaliste italien reste on ne peut plus simple. A notre demande d'entretien, il ne met pas dix minutes pour y répondre favorablement. Le gamin de Naples n'oublie pas d'où il vient. Pendant une vingtaine de minutes (soit une éternité pour lui), il n'élude aucune question. 17h. "Allez, c'est parti !", lance-t-il avant de commencer par nous retracer son parcours singulier.
"Tout a été très vite, raconte Fabrizio Romano, 29 ans depuis février dernier. Quand j'étais au lycée, j'écrivais déjà pour des sites italiens de mercato. Cela m'a permis d'avoir des opportunités et de comprendre si cela pouvait vraiment me plaire sur le long terme. Depuis ce moment, où j'ai commencé à avoir de petits contacts à 17-18 ans, je n'ai plus voulu quitter cette voie. De Naples, je décide de déménager à Milan pour rejoindre l'université et avoir une opportunité avec Sky Sport."
Pour lui, le journalisme sportif est une évidence. Mais encore plus le "calciomercato", véritable tradition en Italie et surtout dans la capitale lombarde. Chaque année, des milliers de dirigeants, agents et joueurs s'y retrouvent pour échanger, si possible à l'abri des regards. Autant dire mission impossible, puisque les points de rendez-vous sont connus (hôtels, restaurants...) et des journalistes les surveillent nuits et jours. Fabrizio Romano n'y a pas échappé.
"Quand j'arrive à Sky, je fais la connaissance de Gianluca Di Marzio, qui est une université à lui tout seul, voire encore mieux, se souvent-il. Il te fait comprendre l'importance et l'obsession du travail bien fait. Travailler à Sky, c'est un moment clé pour moi, où j'ai encore eu la confirmation que cette voie était la bonne. Je voulais faire ce travail, c'était une certitude. Mais il y a également deux autres moments cruciaux dans mon parcours. Le premier, c'est quand j'ai eu la possibilité de travailler pour le quotidien britannique "The Guardian". Notre collaboration est le fruit d'un désaccord. En 2015, eux annoncent que Stevan Jovetic serait resté à Manchester City, alors que moi, de mon côté, je persiste sur son départ à l'Inter. Heureusement, j'avais vu juste (rires). Et le deuxième, c'est quand Bruno Fernandes signe à Manchester United (2020)." Là, tout bascule.
"J'ai compris que je pouvais faire du mercato mon travail quotidien, souligne-t-il. Et pas seulement celui italien, mais aussi celui étranger. De toute façon, je n'avais pas de plan B." Du côté des réseaux sociaux, sa popularité explose. Le jeune journaliste, qui publie la majorité de ses tweets en anglais, y est rapidement considéré comme l'un des plus fiables. Son nom et son visage deviennent de notoriété publique. Ses infos sont attendues, scrutées, partagées et commentées. Des vestiaires aux bureaux, des bars aux stades. Ses journées ? Beaucoup d'appels, pas mal de rencontres et des milliers de messages. "Pour moi, ce n'est pas un métier, mais un divertissement et une passion. J'ai la chance de pouvoir aimer et parler de foot. Il y a eu des moments plus difficiles, notamment durant la pandémie de Covid-19. Mais le mercato est toujours avec moi, de mes discussions à mes rêves la nuit. C'est ma vie 24h/24."

"Ma batterie ne tient pas plus d'une heure"

Le mercato ne s'arrêtant jamais, le Milanais d'adoption peut dégainer ses infos à tout moment. De jour comme de nuit. "Je dors très peu, sourit-il. En réalité, ça dépend des périodes. Mais j'ai développé une capacité à comprendre quand je pouvais me reposer, et quand non. Celui qui veut faire ce métier sait que dormir, c'est dangereux. Le mercato est toujours en mouvement." A vrai dire, même son téléphone a bien du mal à le suivre. "Ma batterie ne tient pas plus d'une heure, je passe toute ma journée avec deux-trois batteries externes. Je me souviens, il y a trois ou quatre ans, je me suis rendu dans un "Apple Store" à Milan pour me plaindre de ma batterie qui ne tenait pas. Le vendeur a regardé mon téléphone et m'a dit : 'Je travaille ici depuis 13 ans, et je n'ai jamais vu un téléphone autant utilisé. Tu peux le changer autant de fois que tu veux, ça ne réglera pas ton problème.'"
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Fabrizio Romano et Samuel Eto'o

Crédit: Getty Images

Très populaire sur Twitter, Fabrizio Romano ne cache pas ressentir "le poids des responsabilités" avec un tel public. "Avoir autant de monde derrière toi, c'est forcément très beau, confie le journaliste. Moi, j'ai toujours cru au mercato sur les réseaux sociaux, même quand on me disait il y a une dizaine d'années : 'Mais tu travailles à Sky, tu dois profiter de ton temps et arrêter avec les réseaux'. L'interaction a toujours été très importante. Aujourd'hui, c'est une pression positive et une façon de rester en vie chaque jour. Le problème, c'est qu'après une officialisation, les gens veulent toujours d'autres infos. Tu ne peux pas t'arrêter. Tu dois toujours répondre présent dans ce joli ring de boxe. C'est de l'adrénaline. Mais la sensation que tu as quand une info se confirme... Récemment, j'ai suivi pendant des mois les négociations entre Arsenal et Gabriel Jesus. Quand le transfert a été officialisé, j'ai été libéré de manière positive. C'était une sensation incroyable. Comme marquer un but en finale de Ligue des champions."

D'où vient donc le "here we go" ?

Parmi ses millions de followers, beaucoup se demandent pourquoi le journaliste ne collabore pas plus avec des médias italiens, même si les demandes sont nombreuses. "J'ai toujours un rapport très fort avec toute l'équipe de Sky, répond Romano. J'ai eu cette possibilité, mais si je suis où je suis aujourd'hui, c'est grâce à eux, leurs conseils et leurs contacts. J'aurais l'impression de les trahir en travaillant ailleurs en Italie, le lien est trop fort. Je préfère le faire à l'étranger." Et s'il fait également de la vidéo et du streaming, ou bien même des podcasts avec Francesco Porzio, lui aussi journaliste mais également ami, Fabrizio Romano travaille seul "à 99%". "Je ne ferais jamais écrire un tweet à quelqu'un d'autre en mon nom, c'est impossible, reconnaît-il. Je réécris souvent mes tweets (rires). Je n'ai pas d'équipe derrière moi, je n'aime pas trop déléguer. Je crois que ceux qui lisent mes messages aiment savoir qu'ils viennent vraiment de moi. Si quelqu'un connaît mon mot de passe sur Twitter ? Personne, et personne ne le saura jamais (rires)"
Lucide, le journaliste sait également qu'à chaque gloire, une rançon s'inflige. Certes populaire et apprécié, il est parfois critiqué. "Je lis tous les commentaires négatifs, assure Fabrizio Romano. C'est important de comprendre pourquoi quelque chose ne plaît pas. Quand tu es suivi, c'est normal d'avoir des critiques. On voit bien des gens s'en prendre à Ronaldo et Messi, alors autant vous dire qu'ils ont bien le droit de critiquer un journaliste. C'est normal. En plus, on parle là de réseaux sociaux. Pour moi, c'est important de comprendre et d'avancer pour mieux faire. J'ai toujours soif d'apprendre, surtout quand la critique est constructive. En revanche, si le but est uniquement d'attaquer... L'important, c'est d'être toujours content de soi-même."
Mais qui dit Fabrizio Romano dit également "here we go", sa fameuse expression à chaque transfert officieusement bouclé, parfois même reprise par des clubs. Mais d'où vient-elle ? "Probablement du hasard, admet notre confrère. Je ne me souviens plus exactement quand, mais certainement après des négociations liées à Manchester United. Quand elles se sont terminées, j'ai écrit 'here we go' pour dire 'ok, c'est finalement fini'. Et depuis ce moment, tout le monde me disait : 'on peut dire aussi here we go pour tel ou tel transfert ?' En voyant ces commentaires, je me suis dit : 'ok, alors on va le remettre pour le prochain transfert'. Je n'ai jamais arrêté depuis, mais il n'y avait aucune stratégie de communication autour. C'était juste naturel."
Pour clore notre discussion (vingt minutes, c'est rapide), impossible de ne pas lui demander une potentielle surprise d'ici à la fin de ce mercato estival. Pas une information, juste une prédiction. "Attention au dossier Cristiano Ronaldo, prévient-il. Jorge Mendes, son agent, utilise exactement la même stratégie que l'an passé avec la Juve. Je pense qu'ils vont tout faire pour trouver une issue jusqu'à la fin, même s'il est difficile, cette année, de trouver une solution à la hauteur de CR7. Mais je pense qu'ils vont essayer."
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Il veut partir, mais... Un nouveau club vient de recaler Ronaldo

Video credit: Eurosport

Et l'info dont il est jusqu'ici le plus fier ? "Le départ de Zinédine Zidane quand il était sur le banc du Real Madrid. Mais plus que fier, cette info a aussi changé ma carrière. Moi, je profite rarement des choses. Mais là, le lendemain de l'officialisation, je me suis rendu compte. On parlait quand même du Real et de Zidane... C'est certain que je ne l'oublierai jamais."
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Fabrizio Romano

Crédit: Getty Images

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